Je me remets lentement du lendemain de veille du lendemain de la veille du sur-lendemain de mon anniversaire… Et pour se libérer du blues de vieillir, rien de mieux que d’écouter ceci :
Et si le temps se figeait 5 minutes par jour?
Je me remets lentement du lendemain de veille du lendemain de la veille du sur-lendemain de mon anniversaire… Et pour se libérer du blues de vieillir, rien de mieux que d’écouter ceci :
Vieillir vers un ailleurs
Ne pas savoir ce qui se cache
Derrière les buissons
Leurs branches entremêlées étouffant la lumière
Une terre infertile
Le sable qui recouvre tout
La vie qui ne cherche même plus à éclore
Abandonné, le bourgeon qui refuse de saluer l’été
L’été, l’été…
Il est fini, c’est fini, fini
Tu n’as pas su en profiter
Il t’a oublié
Aujourd’hui, c’est mon anniversaire. Je sais, ça ne s’invente pas de naître un 24 juin au Québec. Partout, on me fait la fête. Pas de crainte d’être seule le jour de mon anniversaire, je peux fêter avec des milliers de personnes chaque année. Vous ne pouvez pas imaginer les incroyables soirées que j’ai vécues. Un jour, je vous raconterai.
Mais ce matin, je me suis levée avec un cafard d’enfer. S* dort encore. Je suis seule dans la cuisine, un chat sur les genoux. Le temps est gris. Je ne sais que faire de ma journée. La tête me tourne encore un peu. J’en suis à mon deuxième cappuccino, mais rien n’y fait.
Aujourd’hui, nous célébrons un pays qui n’en est pas un. Ce pays, nous l’aimons, mais nous ne sommes pas prêts à porter la lourde responsabilité de cet amour. Aurions-nous peur de l’engagement, nous, le peuple de fêtards insouciants?
Et moi? Suis-je vraiment engagée dans ma propre vie, ou est-ce que je ne me laisse pas simplement porter par elle? Ai-je le contrôle sur quoi que ce soit? Peut-on freiner le temps? Peut-on éloigner à l’infini le mur qui nous attend au bout du chemin? Et quel est-il ce chemin? Je prends l’autoroute à gauche, la route de campagne à droite, ou dois-je aller tout droit, m’enfoncer dans le champ et tracer mon propre chemin? Quelqu’un peut-il me prendre par la main et m’emmener vers mon destin?
Le cafard, je vous dis… Je déteste vieillir.
Hier soir, c’était la fête sur la Plaza St-Hubert. Un spectacle réunissant les Porn Flakes, Guy A. Lepage, Paulo, Urbain Desbois et d’autres illustres artistes du passé tel Patrick Bourgeois. Le spectacle a donné lieu à quelques bons moments, mais moi, c’est la foule que j’observais. Il y a quelques années que j’habite ce quartier et je suis toujours fascinée par les gens qu’on y côtoie. Les jeunes familles granoles, les enfants haïtiens toujours habillés pour un jour de fête, les femmes voilées, les grands-mères dans leurs ensemble en coton ouaté, les vieux monsieurs dans leurs chaises roulantes électriques, les quelques jeunes branchés sur les terrasses, et tout ce beau monde réuni pour un spectacle tout aussi éclectique. Une vieille dame vendait des colliers fluo. Un bandeau à la Olivia Newton-John clignotait à travers ses boucles blanches. Un garçon faisait tourner une mignonne petite fille aux cheveux blonds, dont le rire m’a empli les oreilles de bonheur. Un vieillard se trémoussait dans sa chaise roulante, un grand sourire plaqué sur le visage. Une femme se baladait, un toutou en forme de serpent autour du cou. Une autre portait des souliers aux talons hauts vertigineux, et des leggings retenus par des bretelles argentées (ça ne s’invente pas). Un peu en retrait, des enfants se couraient après. Une petite fille aux cheveux tressés de rubans roses tenait dans ses bras un petit lion en tissu usé à la corde. Quelqu’un a renversé une bière. Un autre m’a frôlé d’un peu trop près. Un autre, enfin, m’a souri et m’a souhaité bonne nuit. Bonne nuit à vous. Bonne Saint-Jean.
Une salle d’attente d’hôpital. 8h du matin. J’attends pour une prise de sang. Rien de grave, un examen de routine, merci de vous inquièter. La salle est bondée. Ça sent le désinfectant et le café. Je suis assise sur une chaise verte, comme il se doit, droite, et totalement inconfortable. La chaise se trouve dans le corridor, devant une porte menant à des escaliers qu’emprunte de temps en temps des employés, dont une femme grassouillette en collants mauves. Une femme en chaise roulante passe devant moi, repasse, passe encore… Je dois encore m’imaginer des trucs, mais je dirais que la dame a tout l’air de prendre une marche! À l’intercom, on appelle les patients un à un. La plupart des noms sont imprononçables. J’écoute la conversation de mes voisins, qui discute famille reconstituée, les yeux rivés sur mon livre, mais la tête ailleurs. À côté de moi, une jeune femme enceinte se tortille sur sa chaise. On appelle Lionel Noël. Quelle mère affuble son enfant du prénom Lionel quand le nom de famille est Noël?!? Un nom, ce n’est pas fait pour rimer, non? C’est pas un peu ridicule, un nom qui rime? Enfin, au bout de plus d’une heure d’attente, c’est mon tour. L’infirmière me plante l’aiguille dans le bras. Un flacon, deux flacons, trois flacons, quatre flacons… Ceci est mon sang.
Il fallait que j’écrive un premier message pour me sentir mieux, pour revenir. Quand j’ai commencé ce blogue, je m’étais pourtant promis d’y venir quelques fois par semaine, au moins. C’est vrai, je prétendais “à tous les jours”, mais je savais bien que je n’y arriverais pas toujours. Mais un si long silence? Ça, jamais. Qu’est-ce qui explique ce silence?
Un gros minet qui se fait couper la queue, une vie sociale mouvementée, le soleil, le temps qui file, les plantes qui poussent, S* qui m’offre un verre sur le balcon, le travail qui prend toute la place, les balades à vélo, un rhume, une amie qui réclame ma présence…
Il y a tant de raisons de ne pas être ici, devant cet écran, à taper sur le clavier des mots qui ne seront pas lus… ou si peu. J’ai toujours voulu écrire, et je ne l’ai jamais fait… ou si peu… Parce qu’il y a toujours la vie qui passe à côté, qui m’interpelle, qui me fait la cour. Et je flanche. Je ne veux pas observer, je veux plonger. Je ne veux pas regarder, je veux dévorer.
Mais je suis là, je suis revenue. Et je reviendrai, encore et encore.
… J’ai l’impression que ça fait un siècle que je ne vous ai pas écrit. Et plus les jours passent, plus j’ai honte de vous laisser en plan, moins j’ose venir vous dire un mot. Alors, voilà. Je suis ici. Je vous dis que je ne vous oublie pas. Je pense à vous souvent, c’est vrai. Mais je suis prise dans un tourbillon, je ne trouve ni le temps ni les mots. Mais je reviendrai. Je ne suis pas loin. Je suis ici. Je suis maintenant. Je pense à vous, et j’ai plein de choses à vous dire.
C’est un courailleux, je le sais. Il adore se balader dans le quartier, prétendre que je n’existe pas, qu’il n’a pas besoin de moi, qu’il est invincible… Il court après le trouble. Il ne se dompte pas. Avec l’arrivée du printemps, c’est pire. Chaque année, il remet ça. Voilà où ça l’a mené. Il ne m’a pas laissé le choix. Demain, c’est la queue en moins qu’il reviendra à la maison.
Que vouliez-vous que je fasse? Il est revenu la queue pendante et purulente, complètement insensible à mes bons soins. Nous avons dû aller consulter. Le verdict est tombé. L’infection s’est propagée. Le sang ne se rend plus à l’extrémité. Les nerfs sont morts. Il faut amputer.
Le vétérinaire vient d’appeler. Mon gros minet va bien. Je vais le chercher demain soir. Il m’a fait peur, le salopard.
À la veille d’un deuil national de trois jours au Myanmar, je termine ici le récit d’un voyage exceptionnel…
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10 et 11 novembre. C’est à Yangon que se termine notre voyage. Déjà. Nous marchons à travers la ville grouillante de monde. À croire que la population entière vit dans la rue. Alors que nous approchons du marché Bogyoke, l’animation s’intensifie, la foule se fait plus compacte. Les vendeuses de fruits nous crient dans les oreilles, les badauds nous bousculent entre les étals qui bloquent le trottoir. Nous sommes emportés dans un tourbillon de sons et d’odeurs qui nous ravit. Près de la pagode Sule, les militaires ont déserté le parc qu’ils occupaient quelques semaines plus tôt. Après un détour pour aller voir un Bouddha couché de plus de 60 mètres de long, nous atteignons le but ultime de notre périple, la pagode Shwedagon, lieu le plus sacré du pays. Simplement de se trouver là, de marcher autour de l’imposant stupa, de flâner dans le vaste complexe, procure une émotion indicible. Des fidèles versent de l’eau sur la tête d’une statue, des bonzes se recueillent, des femmes s’avancent en rangs serrés et balaient littéralement tout sur leur passage. Le sommet d’or du stupa brille doucement sous la lumière du soleil couchant. Alors que le ciel s’assombrit, la pagode s’illumine. La transition du jour à la nuit se fait sans hâte. Et c’est dans cet état d’esprit que nous nous éloignons, que nous quittons ce pays en or, sans hâte, et, nous l’espérons, un peu meilleurs.
Mon récit amorcé ici est presque terminé… La triste histoire, elle, se poursuit.
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7 au 9 novembre 2007. Après une journée sur l’Irrawaddy, hors du temps et de l’espace, nous voici à Bagan, site mythique d’Asie du Sud-Est. La plaine aux milliers de temples offre un spectacle saisissant. L’esprit sacré et mystérieux des lieux est inaltéré. Nous y sommes pour ainsi dire les seuls touristes. Pendant trois jours, nous parcourons la campagne, en calèches, puis à vélo. Nous découvrons des fresques merveilleuses, des bas-reliefs sculptés par un roi, une architecture magistrale, de gigantesques bouddhas, debout, assis, couchés, des nats, un cheval guérisseur. Au sommet d’un temple, nous pique-niquons, le monde à nos pieds. Juchés sur un autre monument, nous sommes les spectateurs privilégiés d’un coucher de soleil grandiose. De Bagan, nous nous souviendrons des temples, bien sûr, mais aussi des gens. Il y a Zin-Zin, notre charmante guide, et Soso, le caléchier plein de sagesse. Il y a tous les vendeurs du temple, du petit malin qui poursuit notre calèche sur son vélo trop grand pour lui à l’enfant espiègle qui joue à cache-cache avec nous dans les couloirs du temple. Il y a la famille de Zin-Zin, son père et les règles qu’il impose à sa maisonnée, ses filles, qui croient être ses sœurs. Finalement, il y a les nouveaux mariés qui nous accueillent à leurs noces comme des invités de marque, nous, les extra-terrestres en longyis. Entre le rire et le sacré, trois jours de pur bonheur.
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